RETROUVER SON CORPS : CE QUE VOTRE POSTURE RACONTE DE VOTRE QUOTIDIEN
LE SPORT ET LA POSTURE
Retrouver son corps après l’hiver : L’été est une opportunité pour réapprendre à bouger
La posture, c’est comprendre que c’est bien plus qu’un « dos droit »
Nous avons longtemps réduit la posture à une image assez simple : épaules ouvertes, ventre rentré, dos bien droit. Une sorte d’idéal corporel silencieux que l’on nous répète depuis l’enfance : *« Redresse-toi. »*
Pourtant, scientifiquement, la posture est beaucoup plus complexe.
Elle correspond à l’ensemble des ajustements réalisés par le corps afin de maintenir son équilibre face à la gravité. Derrière quelque chose qui semble automatique se cache une coordination extrêmement fine entre le cerveau, le système nerveux, les muscles, la vision, l’oreille interne et notre perception de l’espace.
La posture n’est donc pas une position fixe.
Elle est dynamique.
Elle évolue constamment selon notre environnement, notre niveau de fatigue, notre respiration, notre stress, nos habitudes et même notre état émotionnel.
Et c’est probablement ici que notre vision du corps mérite d’évoluer.
Le corps ne choisit pas une posture pour être beau.
Il choisit une posture pour être efficace.
Autrement dit : il cherche en permanence la stratégie la moins coûteuse en énergie pour répondre à ce qu’on lui demande au quotidien.
Lorsqu’une position est répétée des centaines de fois — travailler assis, regarder un téléphone, conduire, porter un enfant — le corps finit par s’y adapter.
Il ne se trompe pas.
Il apprend.
L’hiver : une saison qui modifie aussi nos comportements corporels
Nous pensons souvent que l’hiver agit uniquement sur notre humeur ou notre niveau d’énergie.
Mais il agit également sur notre manière d’habiter notre corps.
Les journées raccourcissent, les sorties diminuent, les activités extérieures deviennent plus rares. Nous passons davantage de temps à l’intérieur et nos déplacements naturels diminuent.
D’un point de vue sociologique, notre corps est profondément influencé par son environnement social.
Nous ne bougeons pas uniquement parce que nous avons décidé de faire du sport.
Nous bougeons parce que nos espaces, nos rythmes et nos habitudes nous poussent à le faire.
Or nos sociétés modernes organisent progressivement l’immobilité : écrans, télétravail, transports, travail assis, loisirs numériques.
Aujourd’hui près d’un adulte sur trois dans le monde ne pratique pas suffisamment d’activité physique selon les dernières données de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce chiffre représente près de 1,8 milliard d’adultes. ([Organisation mondiale de la santé])
Plus préoccupant encore : cette tendance continue d’augmenter. ([Organisation mondiale de la santé)
Nous vivons un paradoxe contemporain : nous n’avons jamais autant parlé de santé et de bien-être… tout en bougeant de moins en moins.
Le vrai problème ce n’est pas le manque de sport : c’est le manque de variété
On imagine souvent qu’une mauvaise posture apparaît parce que l’on ne fait pas suffisamment de sport.
En réalité, le sujet est plus subtil.
Le corps aime le mouvement.
Mais il aime surtout la diversité du mouvement.
Rester assis plusieurs heures ne crée pas seulement une absence d’activité ; cela crée une répétition.
Certaines zones deviennent progressivement sur-sollicitées tandis que d’autres participent moins : épaules qui s’enroulent, mobilité thoracique réduite, respiration plus haute, hanches plus rigides, diminution de certaines amplitudes.
Les études montrent d’ailleurs que rester assis plus de huit heures par jour est associé à une augmentation des risques cardiovasculaires et de mortalité lorsque cela n’est pas compensé par un niveau élevé d’activité physique.
Des travaux récents montrent également qu’au-delà de six heures quotidiennes de comportements sédentaires, les douleurs cervicales augmentent significativement.
Et cela éclaire quelque chose d’essentiel :
Une heure de sport ne corrige pas toujours une journée entière d’immobilité.
Le mouvement quotidien compte.
L’été : La saison idéale pour rééduquer naturellement le corps
L’arrivée des beaux jours modifie spontanément notre comportement.
Nous marchons davantage.
Nous passons plus de temps dehors.
Nous nous asseyons moins longtemps.
Nous changeons plus souvent de position.
Sans même nous en rendre compte, nous réintroduisons ce dont le corps a besoin : de la variation.
Et c’est probablement le moment le plus intéressant pour retrouver une meilleure posture.
Pas dans une logique punitive.
Pas dans une urgence esthétique.
Mais dans une logique fonctionnelle.
Car améliorer sa posture ne commence pas forcément par renforcer davantage.
Cela commence souvent par retrouver de la mobilité.
Retrouver de la mobilité, c’est rendre au corps sa capacité à explorer : tourner, respirer pleinement, ouvrir le thorax, mobiliser les hanches, retrouver des appuis, retrouver des options.
Un corps mobile est un corps qui retrouve des solutions.
Et plus un corps possède de solutions, moins il a besoin de compenser.
Revenir à l’essentiel du corps avant de vouloir transformer le corps
Chaque année, les beaux jours s’accompagnent souvent des mêmes injonctions : ventre plat, remise en forme, transformation rapide.
Mais peut-être que l’été pourrait être autre chose.
Une période où l’on cherche moins à corriger son corps qu’à le comprendre.
Moins à le contrôler qu’à l’écouter.
Parce qu’avant l’esthétique, il y a une question plus fondamentale :
Comment habite-t-on son propre corps au quotidien ?
La posture ne raconte pas seulement comment nous nous tenons.
Elle raconte comment nous vivons.
Références scientifiques
1. Strain T., Brage S., Sharp S.J., et al. (2024).
National, regional, and global trends in insufficient physical activity among adults from 2000 to 2022: a pooled analysis of 507 population-based surveys with 5.7 million participants.
The Lancet Global Health.
Étude menée sur 5,7 millions de participants dans 163 pays, montrant qu’environ 1,8 milliard d’adultes dans le monde ne pratiquent pas suffisamment d’activité physique.
2. Ekelund U., Steene-Johannessen J., Brown W.J., et al. (2016).
Does physical activity attenuate, or even eliminate, the detrimental association of sitting time with mortality? A harmonised meta-analysis of data from more than 1 million men and women.
The Lancet.
Montre qu’un temps prolongé passé assis augmente les risques de mortalité, et souligne que l’activité physique seule ne compense pas toujours les effets d’une forte sédentarité quotidienne.
3. Owen N., Healy G.N., Matthews C.E., Dunstan D.W. (2010).
Too Much Sitting: The Population Health Science of Sedentary Behavior.
Exercise and Sport Sciences Reviews, 38(3), 105–113.
Travaux de référence montrant que la sédentarité est un phénomène de santé publique profondément influencé par les modes de vie contemporains, l’environnement de travail et l’organisation sociale.
4. Shumway-Cook A., Woollacott M.H. (2017).
Motor Control: Translating Research into Clinical Practice.
Lippincott Williams & Wilkins.
Ouvrage de référence en contrôle moteur définissant la posture comme l’organisation des segments corporels permettant le maintien de l’équilibre et l’orientation du corps dans l’espace.
5. Horak F.B. (2006).
Postural orientation and equilibrium: what do we need to know about neural control of balance to prevent falls?
Age and Ageing, 35(Suppl 2), ii7–ii11.
Montre que la posture résulte d’une interaction complexe entre système nerveux, vision, proprioception et système vestibulaire.
6. Stergiou N., Harbourne R.T., Cavanaugh J.T. (2006).
Optimal movement variability: a new theoretical perspective for neurologic physical therapy.
Journal of Neurologic Physical Therapy, 30(3), 120–129.
Développe le concept de variabilité optimale du mouvement : le corps a besoin de diversité motrice pour maintenir ses capacités d’adaptation et limiter les compensations.
Hajare HARIR
Diplômée en sociologie appliquée – Université de Paris Descartes ;
Coach sportive spécialisée boxe et pilâtes.
