Repas d’automne, digestion et mouvement : Et si nous marchions pour accompagner notre corps plutôt que pour « éliminer » ?
En Octobre la lumière change et le contenu de nos assiettes aussi…..
Il y a ce moment très particulier où l’on comprend que l’été est réellement en train de s’éloigner.
Le soleil se couche un peu plus tôt. On cherche la lumière en fin de journée. Les vestes réapparaissent sur le dossier des chaises et les soirées en terrasse deviennent moins spontanées.
Et presque naturellement, notre façon de manger accompagne le mouvement.
Les tomates encore tièdes de soleil, les fruits gorgés d’eau et les grandes salades improvisées laissent progressivement place aux légumes rôtis, aux soupes fumantes, aux gratins, aux plats que l’on laisse mijoter.
On recommence à avoir envie de chaud, de consistant, de réconfortant.
Et personnellement, j’aime profondément ce passage.
Parce que j’ai toujours entretenu un rapport affectif avec la nourriture. Une assiette n’est jamais, pour moi, une simple addition de calories, de protéines, de glucides et de lipides.
Elle raconte un moment. Une saison. Parfois même une personne.
Il y a ces plats qui parfument toute la maison. Ceux que l’on pose au milieu de la table. Ceux autour desquels la conversation se prolonge et qui donnent presque une autre texture à la soirée.
Mais ces repas plus généreux peuvent aussi laisser une autre sensation : celle d’un ventre plus plein, d’une digestion parfois moins confortable, de ballonnements ou simplement cette envie instinctive de se lever et de marcher un peu.
Et c’est précisément là que mon regard de coach rejoint celui de la sociologue.
Car après avoir mangé davantage, notre premier réflexe est parfois de penser qu’il faudrait « éliminer ».
Moi, j’aimerais proposer autre chose.
Et si nous bougions non pas pour compenser ce que nous venons de manger, mais pour accompagner notre corps dans ce qu’il est déjà en train de faire : digérer ?
La nuance paraît légère.
Pourtant, elle change profondément notre rapport au mouvement.
Nous ne mangeons jamais seulement des nutriments
Les sciences sociales ont un mot pour parler du fait de manger ensemble : la commensalité.
Derrière ce terme se cache quelque chose de très ordinaire et, en même temps, profondément social.
Nous ne mangeons pas seulement quoi. Nous mangeons quelque part, avec quelqu’un, selon des horaires, des habitudes, des traditions et des règles plus ou moins conscientes.
La recherche en sciences sociales sur la commensalité étudie précisément cette dimension du repas : manger ensemble participe à nos relations, à nos appartenances et à l’organisation de notre vie collective. La littérature invite néanmoins à ne pas idéaliser systématiquement le repas partagé : ses significations et ses expériences varient selon les personnes et les contextes. PubMed Central (PMC)
Et les saisons participent elles aussi à nos pratiques alimentaires.
On ne mange pas un soir d’octobre exactement comme un soir d’août.
Les produits changent, bien sûr. Mais notre manière d’habiter nos journées change également.
L’été nous pousse volontiers dehors.
L’automne nous ramène progressivement vers l’intérieur.
La cuisine chauffe la pièce. Les repas s’allongent. On retrouve certains plats et certains rituels.
Et notre alimentation accompagne cette transition.
Mais depuis quand « réconfortant » signifie-t-il « coupable » ?
C’est ici que la coach sportive que je suis observe un autre phénomène.
À peine le repas terminé, un vocabulaire très particulier peut apparaître :
Éliminer.
Brûler.
Compenser.
Se reprendre.
Comme si le plaisir créait automatiquement une dette envers notre corps.
Bien sûr, l’équilibre alimentaire et énergétique existe. La quantité et la composition de ce que nous mangeons ont des conséquences physiologiques réelles.
Mais cela ne signifie pas qu’un gratin appelle automatiquement une heure de tapis de course.
Et surtout, je trouve difficile de construire une relation durable au sport lorsque celui-ci devient la sanction de ce que nous avons mangé.
Dans mes accompagnements, je préfère déplacer la question.
Au lieu de :
« Combien dois-je brûler ? »
Demandons-nous :
« De quoi mon corps a-t-il besoin maintenant ? »
Et c’est là que la physiologie devient beaucoup plus intéressante que la culpabilité.
Digérer est déjà un mouvement
Après un repas, notre système digestif travaille.
L’estomac reçoit son contenu, le mélange puis le transfère progressivement vers l’intestin. Le tube digestif possède sa propre activité motrice : contractions et relâchements participent à la progression de son contenu.
Et contrairement à l’idée selon laquelle il faudrait nécessairement s’immobiliser pour « laisser digérer », un mouvement modéré peut être compatible avec ce processus et, selon les situations, participer au fonctionnement gastro-intestinal.
Une revue systématique publiée en 2025, réunissant 231 études sur activité physique et troubles gastro-intestinaux, conclut à une relation complexe : l’exercice régulier d’intensité modérée est généralement associé à des effets favorables sur la fonction gastro-intestinale, notamment via la motricité, tandis que les efforts intenses ou prolongés peuvent au contraire favoriser des symptômes digestifs chez certaines personnes. PubMed
Et cette nuance est importante.
Parce que lorsqu’il s’agit du corps, plus n’est pas systématiquement mieux.
Mon ordonnance d’automne ? Marcher.
C’est probablement l’un des conseils les moins spectaculaires qu’une coach sportive puisse donner.
Et pourtant, je l’aime beaucoup.
Après un repas plus copieux, lorsque vous vous sentez bien :
sortez.
Marchez dix minutes.
Ou vingt si l’envie est là.
Pas nécessairement de montre. Pas de calories à « récupérer ». Pas de fréquence cardiaque à atteindre.
Marchez pour prendre l’air.
Pour aller chercher le café un peu plus loin.
Pour accompagner quelqu’un.
Pour regarder ce que la lumière d’octobre fait aux rues que vous traversez tous les jours.
Les effets précis d’une marche postprandiale sur la digestion dépendent des personnes et des situations ; les études sur la vidange gastrique, notamment chez des populations particulières, ne permettent pas d’en faire un remède universel contre les troubles digestifs. PubMed
Mais cela rappelle quelque chose que j’aime énormément dans le mouvement :
il n’a pas besoin d’être spectaculaire pour avoir une place dans notre santé.
Et si la promenade prolongeait simplement le repas ?
C’est ici que mes deux métiers se rejoignent peut-être le mieux.
Si manger peut être un acte social, bouger peut l’être également.
On mange ensemble.
Puis on marche ensemble.
La conversation commencée autour de la table continue dehors.
La recherche sur la commensalité montre justement que manger ensemble dépasse la simple consommation alimentaire : le repas constitue aussi un espace d’interaction sociale et de partage. PubMed Central (PMC)
J’aime alors imaginer la marche non pas comme le moment où l’on vient corriger le repas, mais comme celui où l’on peut parfois le prolonger autrement.
Et cela change presque entièrement le scénario.
Nous ne quittons plus le plaisir pour entrer dans la discipline.
Nous passons simplement d’une manière d’être ensemble à une autre.
Plus intense ne signifie pas « meilleure digestion »
À l’inverse, ce n’est pas parce qu’un peu de mouvement peut être intéressant qu’une séance très intense juste après un repas le serait davantage.
Les efforts intenses ou prolongés peuvent eux-mêmes provoquer des symptômes gastro-intestinaux : nausées, douleurs abdominales ou diarrhées notamment. La réponse varie selon l’intensité, la durée, le niveau d’entraînement, l’hydratation, l’alimentation et l’existence éventuelle de troubles digestifs préalables. PubMed
Alors non, le dîner réconfortant du dimanche n’appelle pas nécessairement un HIIT en guise de pénitence.
Parfois, la réponse la plus intelligente est beaucoup plus simple :
marcher, respirer, laisser faire.
Et si des douleurs ou des troubles digestifs sont importants, inhabituels ou persistants, ils méritent bien sûr d’être évalués par un professionnel de santé plutôt que traités par davantage d’exercice.
Et si nous arrêtions d’opposer plaisir et santé ?
Nous avons parfois tendance à construire deux personnages.
D’un côté, celui qui profite.
Il mange. Il cuisine. Il partage. Il reste à table.
De l’autre, celui qui « prend soin de lui ».
Il contrôle. Il compte. Il s’entraîne.
Comme s’il fallait choisir.
Mon travail de coach consiste justement de moins en moins à opposer ces deux mondes.
J’aime davantage apprendre à les faire cohabiter.
Vous avez envie d’un repas chaud et réconfortant ?
Mangez-le.
Composez-le de manière à ce qu’il vous nourrisse et vous rassasie.
Prenez le temps de le cuisiner.
Partagez-le si vous en avez envie.
Puis, lorsque votre corps vous le permet, remettez doucement du mouvement.
Pas parce que vous avez quelque chose à effacer.
Parce que manger et bouger n’ont jamais eu besoin d’être ennemis.
Le corps n’est pas une comptabilité morale
C’est probablement là que la sociologue et la coach se retrouvent le mieux chez moi.
L’une regarde ce que manger signifie.
L’autre observe ce que le corps en fait.
Et aucune des deux ne trouve particulièrement intéressant de réduire une assiette à une addition de calories qu’il faudrait ensuite soustraire sur un tapis de course.
Alors, cet automne, bougez.
Mais pas pour mériter ce que vous avez mangé.
Pas pour effacer le dîner de la veille.
Pas pour rembourser le réconfort.
Bougez pour accompagner votre corps.
Et pourquoi pas pour prolonger la conversation commencée autour de la table.
Parce qu’au fond, la nourriture et le mouvement peuvent parfois remplir une fonction assez proche :
nous maintenir vivants, bien sûr.
Mais aussi nous maintenir reliés.
Hajare HARIR
Diplômée en sociologie appliquée – Université de Paris Descartes ;
Coach sportive spécialisée boxe et pilâtes.
